La Fondation Prince Pierre marque un double anniversaire en 2026 avec une programmation réunissant ses plus prestigieux lauréats
À l’occasion du 75e anniversaire du Prix Littéraire Prince Pierre de Monaco et des 25 ans de la Bourse de la Découverte, la Fondation Prince Pierre présente sa 103e saison de conférences, une programmation qui célèbre trois quarts de siècle

d’engagement en faveur de la création contemporaine. Du 19 janvier au 12 juin 2026, lauréats de renom et figures majeures de la scène littéraire, musicale et cinématographique se succéderont au Théâtre des Variétés et à Paris pour partager leur processus créatif.
Une institution culturelle au service de la création depuis 1924
Fondée le 17 février 1966 par le Prince Rainier III en hommage à son père Pierre de Polignac, grand protecteur des lettres et des arts, la Fondation Prince Pierre perpétue une tradition culturelle initiée dès 1924 lorsque le Prince Pierre créa à Monaco une Société de Conférences. Aujourd’hui présidée par la Princesse Caroline de Hanovre, la Fondation décerne chaque année des prix prestigieux dans trois domaines – littérature, musique et arts visuels – sur recommandation de conseils composés de personnalités internationalement reconnues.
Le Prix Littéraire Prince Pierre, créé en 1951, figure parmi les distinctions les plus prestigieuses de la francophonie. Il récompense chaque année un écrivain de langue française pour l’ensemble de son œuvre. La Bourse de la Découverte, créée en 2001 pour le cinquantenaire du Prix Littéraire, couronne quant à elle un premier ouvrage de fiction francophone, soulignant la volonté de la Fondation de soutenir l’émergence de nouveaux talents.
Une programmation placée sous le signe du processus créatif
La saison 2026 honore les lauréats des différents prix de la Fondation, offrant au public monégasque et parisien l’opportunité rare d’approcher l’intimité du geste créateur. Conformément à l’orientation adoptée depuis 2018, les conférences mettent particulièrement l’accent sur le processus de création propre à chaque intervenant, dévoilant les coulisses de l’œuvre achevée.
Le compositeur Samuel Andreyev, membre du Conseil Musical de la Fondation depuis 2018, ouvrira la saison le 19 janvier avec une intervention intitulée « Art formel, art informel ». Il y exposera la tension fondamentale de sa démarche artistique, entre spontanéité vitale et rigueur disciplinaire. À travers des extraits de ses œuvres et des créations d’autres artistes issus de divers champs – littérature, poésie, photographie, cinéma, peinture, architecture – il démontrera comment « la vraie liberté ne s’obtient qu’au prix de l’adoption volontaire des contraintes les plus sévères ».
Le documentaire interrogé par Nicolas Philibert
Une semaine plus tard, le 26 janvier, le réalisateur Nicolas Philibert s’entretiendra avec Jacques Kermabon sur « La mise en scène documentaire ». Cette conférence, organisée en partenariat avec l’Institut audiovisuel de Monaco, explorera la porosité de la frontière entre documentaire et fiction, questionnant les partis pris de mise en scène, les cadres éthiques du cinéaste et la part du montage dans le processus de création. Philibert, dont les films comme « Être et avoir » ont marqué l’histoire du cinéma documentaire français, partagera sa réflexion sur la relation aux personnes filmées et les questions d’espace, de rythme, de champ et de hors-champ qui président à son travail.
Pascal Quignard et la fissure de Babel
Le 16 février, Pascal Quignard, lauréat 2000 du Prix Littéraire Prince Pierre de Monaco, proposera une méditation poétique intitulée « Pyrame et Thisbé ». S’appuyant sur le IVe livre des Métamorphoses d’Ovide, l’écrivain développera une métaphore de la littérature comme « chemin de voix » – vocis iter – passant par la fissure du mur de Babel. « La famille s’éloigne. Le monde se déchire. Le livre s’ouvre », écrit Quignard, qui voit dans cette ouverture l’espace même du séjour qui se fend, permettant à l’âme de s’évader.
Cette intervention s’inscrit dans la continuité d’une œuvre littéraire considérable qui interroge les origines du langage, de la musique et de la civilisation occidentale. Quignard, dont l’écriture fragmentaire et érudite a profondément marqué la littérature française contemporaine, livrera ainsi une nouvelle variation sur ses thèmes de prédilection.
Jean-Noël Pancrazi et le voyage de l’écriture
Jean-Noël Pancrazi, lauréat 2023 du Prix Littéraire Prince Pierre, interviendra le 9 mars sur « Le voyage de l’écriture ». De la composition française à l’école jusqu’au roman et au récit autobiographique, l’écrivain retracera son parcours créatif jalonné de plaisirs, de doutes, de chutes et de sommets impossibles à atteindre. Il questionnera la nature même du roman – ses fondations, son architecture, son chantier sans cesse chamboulé – et interrogera ce que signifie raconter l’intime, dévoiler ses secrets. « Où est l’impudeur ? la pudeur ? » demande-t-il. « Elle réside peut-être dans le style. »
Cette réflexion sur l’écriture autobiographique promet d’éclairer une œuvre romanesque qui n’a cessé de tisser des liens entre fiction et mémoire personnelle, explorant les territoires de l’enfance, de l’exil et de l’identité méditerranéenne.
David Thomas et la face cachée des prix littéraires
Le 16 mars, David Thomas, lauréat 2009 de la Bourse de la Découverte, proposera une intervention inédite sur « Les prix littéraires et leur sens dans la carrière d’un écrivain ». Fort de son expérience – six prix reçus en dix livres – l’écrivain démystifiera un univers méconnu du grand public. « La France compte environ 2000 prix littéraires », rappelle-t-il, soulignant que tous n’ont pas le même impact sur la vie d’un auteur.
Entre prix de village et Goncourt, prix honorifiques et prescripteurs, prix de lecteurs et récompenses professionnelles, David Thomas questionnera avec franchise les enjeux réels de ces distinctions. Recevoir un prix en début de carrière a-t-il le même sens que lorsque l’œuvre est déjà reconnue ? Le jeu de l’espoir et de l’attente en vaut-il la chandelle ? Et finalement, qu’est-ce qui est plus enviable : un prix honorifique et des ventes modestes, ou beaucoup de ventes sans prix ? Ces questions trouveront des réponses illustrées par des exemples précis et vécus.
Dominique Bona et les vies secrètes
Dominique Bona, de l’Académie française, lauréate 2010 du Prix Littéraire Prince Pierre et membre du Conseil Littéraire depuis 2019, interviendra le 27 mars sur « Les vies secrètes de Dominique Bona ». La biographe, qui a consacré des ouvrages passionnés à Romain Gary, Berthe Morisot, Colette ou Joseph Kessel, racontera son parcours éclairé par de fortes personnalités.
« Pourquoi s’intéresser à la vie des autres ? Sinon pour y trouver des réponses à nos propres énigmes », interroge-t-elle. Dans son dernier livre « Le roi Arthur », elle lève le voile sur sa propre histoire, son enfance méditerranéenne et le lien qui la relie aux siens. De la petite fille pétrie de contes et de légendes jusqu’aux coulisses de l’Académie française, elle évoquera des destins extraordinaires et les secrets qui les ont construits, mêlant émerveillements, épreuves et coups du sort.
Maurizio Serra et l’écriture plurilingue
Le 27 avril, Maurizio Serra, de l’Académie française, lauréat 2018 du Prix Littéraire Prince Pierre et membre du Conseil Littéraire depuis 2021, posera une question audacieuse : « Écrire en plusieurs langues, est-ce mieux écrire ? » À travers une série d’auteurs ayant écrit en différentes langues – de Goldoni à Jhumpa Lahiri, en passant par Conrad, Nabokov, Beckett, Horia et Hilsenrath – l’académicien explorera les enjeux linguistiques de la création littéraire avant d’évoquer son propre cas.
Cette conférence promet d’éclairer les rapports complexes entre langue maternelle, langue d’adoption et processus créatif, questionnant ce que le multilinguisme apporte ou retranche à l’écriture littéraire.
Souleymane Bachir Diagne, conférence magistrale à Paris
La saison se clôturera « hors les murs » à Paris le 12 juin avec une conférence magistrale de Souleymane Bachir Diagne, philosophe et lauréat 2024 du Prix de la Principauté, décerné conjointement par les Rencontres philosophiques et la Fondation Prince Pierre de Monaco. Auteur de nombreux ouvrages, polyglotte ancré sur trois continents, Souleymane Bachir Diagne élabore une philosophie de la traduction et une pensée résolument tournée vers un humanisme partagé. Cette carte blanche donnée au philosophe, organisée en partenariat avec les Rencontres Philosophiques de Monaco, constitue le point d’orgue d’une saison placée sous le signe de l’excellence intellectuelle et artistique.
Une présence renforcée hors de Monaco
Depuis plusieurs années, la Fondation Prince Pierre a développé sa présence « hors les murs », organisant des conférences non seulement à Monaco mais aussi dans les grandes capitales européennes. Paris, Rome, Londres, Madrid et plus récemment Bruxelles ont accueilli ces rendez-vous qui permettent de rayonner au-delà des frontières de la Principauté.
Cette stratégie d’expansion géographique témoigne de la volonté de la Fondation de faire entendre les voix de ses lauréats auprès d’un public élargi, tout en affirmant Monaco comme un acteur culturel majeur de la scène francophone et européenne.
Un double anniversaire symbolique
Les 75 ans du Prix Littéraire Prince Pierre et les 25 ans de la Bourse de la Découverte constituent des jalons symboliques dans l’histoire de la Fondation. Trois quarts de siècle de fidélité à la création littéraire francophone, de soutien aux écrivains confirmés comme aux talents émergents, dessinent le portrait d’une institution culturelle qui a su traverser les époques sans renier ses valeurs fondatrices.
Parmi les lauréats du Prix Littéraire figurent des noms illustres de la littérature française et francophone : de Julien Gracq (1951) à Jean-Noël Pancrazi (2023), en passant par Georges Simenon, Jean Giono, Michel Tournier, Patrick Modiano, Andreï Makine, Jean Echenoz ou encore Lydie Salvayre. La Bourse de la Découverte a quant à elle révélé des voix nouvelles qui ont ensuite confirmé leur talent, comme Sorj Chalandon, Gauz ou Négar Djavadi.
Une programmation ouverte au public
Toutes les conférences, qui se déroulent au Théâtre des Variétés à 18h30 (à l’exception de celle de Paris), sont ouvertes au public avec entrée libre sur réservation via le site fondationprincepierre.mc. Cette accessibilité témoigne de la volonté de la Fondation de partager la culture et la réflexion avec le plus grand nombre, dans l’esprit de démocratisation culturelle qui animait déjà le Prince Pierre lors de la création de la Société de Conférences en 1924.
Le Théâtre des Variétés, écrin de velours rouge situé au cœur de Monaco, constitue un cadre intime et élégant pour ces rencontres entre créateurs et public. L’acoustique remarquable du lieu permet d’apprécier pleinement les interventions, qu’il s’agisse de lectures, de projections d’extraits d’œuvres ou de discussions approfondies.
Un engagement pérenne en faveur de la création
Au-delà des conférences, la Fondation Prince Pierre poursuit son action multiforme en faveur de la création contemporaine. Elle décerne également le Prix International d’Art Contemporain (PIAC), attribué tous les trois ans depuis 1965, le Coup de Cœur des Jeunes Musiciens créé en 2011 en partenariat avec l’Académie de Musique et de Théâtre de Monaco, et organise expositions et concerts tout au long de l’année.
Cette diversité d’actions fait de la Fondation Prince Pierre un acteur culturel complet, intervenant dans tous les champs de la création contemporaine – littérature, musique, arts visuels – avec une égale exigence de qualité et d’innovation.
Une tradition de transmission
La saison de conférences s’inscrit dans une tradition centenaire de transmission et de dialogue. Depuis 1924, plus d’un siècle de rencontres intellectuelles ont permis au public monégasque et aux visiteurs de la Principauté d’accéder à la pensée des plus grands esprits de leur temps. Philosophes, écrivains, artistes, scientifiques, historiens se sont succédé à la tribune pour partager leurs réflexions sur les grands enjeux contemporains.
Cette continuité remarquable témoigne de la vision du Prince Pierre, qui avait compris que la culture constitue un pilier essentiel de toute société et que la rencontre directe avec les créateurs nourrit l’intelligence collective et la sensibilité partagée.
Monaco, terre de culture et de mécénat
À travers la Fondation Prince Pierre, Monaco affirme sa vocation de terre de culture et de mécénat. Dans une Principauté souvent perçue comme un simple paradis fiscal ou une destination de luxe, cette programmation culturelle de haute tenue rappelle qu’il existe aussi un Monaco intellectuel et artistique, soucieux de participer au rayonnement de la culture francophone et de la création contemporaine.
La présence de deux académiciens français (Dominique Bona et Maurizio Serra) parmi les conférenciers souligne les liens étroits tissés entre la Fondation et les plus hautes instances intellectuelles francophones. Les membres du Conseil Littéraire, qui comprennent des académiciens français, des membres de l’Académie Goncourt et des écrivains représentant les lettres d’expression française d’autres pays (Belgique, Canada, Congo, Suisse), garantissent l’exigence et la légitimité des choix opérés.
Une célébration tournée vers l’avenir
Si cette 103e saison célèbre un passé prestigieux – 75 ans de Prix Littéraire, 25 ans de Bourse de la Découverte – elle se projette résolument vers l’avenir. En donnant la parole à des créateurs de toutes générations, de Samuel Andreyev à Souleymane Bachir Diagne, la Fondation Prince Pierre témoigne de sa capacité à épouser les évolutions de la création contemporaine sans renier l’héritage du passé.
La diversité des thèmes abordés – de la tension entre forme et spontanéité chez Andreyev à la philosophie de la traduction chez Diagne, en passant par l’écriture autobiographique chez Pancrazi ou le plurilinguisme chez Serra – dessine une cartographie riche et stimulante de la création contemporaine, offrant au public de multiples portes d’entrée dans l’univers des créateurs.
Cette saison anniversaire s’annonce donc comme un moment exceptionnel dans la vie culturelle monégasque, une occasion rare d’approcher l’intimité du processus créatif à travers les témoignages de celles et ceux qui ont été distingués pour l’excellence de leur œuvre. De janvier à juin 2026, le public pourra ainsi mesurer la richesse et la vitalité de la création francophone contemporaine, portée par une institution qui, depuis un siècle, n’a cessé de la soutenir et de la promouvoir.
Informations pratiques Toutes les conférences se déroulent à Monaco au Théâtre des Variétés à 18h30, sauf la dernière (Paris, 12 juin). Entrée libre sur réservation : www.fondationprincepierre.mc Renseignements : (+377) 98 98 85 15
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