Ce mercredi 29 janvier 2026, dix-huit mois après sa prise de fonctions, Samuel Vuelta Simon a prononcé un discours des vœux devant l’ensemble des acteurs judiciaires et institutionnels de la Principauté. Le ministre de la Justice y a défendu un système en pleine mutation qui fait face un double défi : restaurer son image internationale et répondre aux exigences du Groupe d’action financière (GAFI).

Monaco : la Justice dans un contexte internationale
Le contexte est particulièrement sensible. Placée en juin 2024 sur la liste grise du GAFI pour insuffisances dans la lutte contre le blanchiment de capitaux, Monaco multiplie les réformes. Si les deux rapports de progrès rendus en juin et octobre 2025 ont été favorables – MONEYVAL reconnaissant la conformité de Monaco sur 39 des 40 recommandations –, la sortie de surveillance doit encore être établie.
Restaurer l’image de la Justice
« Lors de mon arrivée en septembre 2024, l’image qui était donnée de la justice de Monaco n’était pas toujours flatteuse », a reconnu Samuel Vuelta Simon. Cette analyse témoigne de la volonté du ministre de tourner la page des polémiques. L’ancien procureur général de Toulouse, choisi pour son expertise en délinquance financière, a défendu « une justice de grande qualité, avec des professionnels engagés, indépendants et impartiaux », sans « stocks incontrôlés » ni « retards importants ».
Pour redorer le blason judiciaire monégasque, le ministre a multiplié les initiatives : publication du droit monégasque, dialogue avec les médias, lancement en juin 2025 de la revue « Monaco au droit ». Cette stratégie de communication vise à contrer les « clichés négatifs » nés, selon lui, de la « méconnaissance ».
La section financière au cœur du dispositif
La création en septembre 2025 d’une section financière au Parquet général constitue l’avancée la plus significative. Composée de deux magistrats expérimentés, cette structure répond directement aux recommandations du GAFI qui réclamait un renforcement des moyens judiciaires consacrés à la lutte contre le blanchiment. « Une évaluation de son fonctionnement interviendra dans les prochaines semaines pour recaler si besoin ce dispositif », a précisé le ministre, illustrant une approche pragmatique fondée sur l’évaluation continue.
Le Parquet général a été renforcé par le recrutement de deux nouveaux procureurs en 2025, choisis pour leur expertise dans les « domaines d’action publique » prioritaires. Ces moyens supplémentaires répondent au plan d’action négocié avec le GAFI, qui exigeait « l’amélioration de l’efficacité du système judiciaire » et « l’accroissement du nombre de magistrats ».
Autre innovation : la réserve judiciaire, votée par le Conseil national en novembre 2025. Une dizaine de magistrats expérimentés pourront désormais renforcer ponctuellement les juridictions. Le ministre a aussi annoncé l’ouverture prochaine d’un concours pour recruter « plusieurs nouveaux magistrats monégasques », signal attendu pour renforcer la composante locale de la magistrature.
Politique pénale et présidence européenne
Le ministre a détaillé les politiques pénales ciblées : lutte contre le blanchiment, traite des êtres humains, violences faites aux femmes. « Pour la première fois, le Parquet général fera son rapport d’activité », symbole d’une transparence accrue.
L’année 2026 revêt une importance particulière avec la présidence par Monaco du Comité des ministres du Conseil de l’Europe au printemps. « Un rendez-vous avec l’histoire qui ne se répétera pas avant 22 ans », a souligné Samuel Vuelta Simon. Le 16 juin 2026, une conférence informelle des ministres européens de la Justice sera consacrée à la lutte contre le blanchiment, permettant à Monaco de transformer une faiblesse pointée par le GAFI en sujet d’expertise partagée.
Les chantiers 2026
Parmi les projets : création d’un site internet du secrétariat d’État, dématérialisation des procédures, extension des techniques spéciales d’enquête. Le déménagement des services judiciaires marquera symboliquement leur « indépendance vis-à-vis du sommet de l’État ».
« Je veux réaffirmer que Monaco est un État de droit », a martelé le ministre, définissant un pays « où les pouvoirs sont séparés, où l’indépendance de la justice est garantie ». Les mesures concrètes adoptées confortent cette affirmation ; elles seront présentés lors du prochain examen par le GAFI, un examen prévu courant 2026 et destiné à confirmer le planning de sortie de la liste grise.
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