Culture, Monaco, News 24 février 2026

Poussin, une mise en perspective de son oeuvre

by La Rédaction

À Monaco, une exposition magistrale révèle comment le maître français du XVIIe siècle fut le premier peintre à faire de la nature elle-même le véritable sujet de son art.

« Poussin est le premier peintre de toute l’histoire à s’intéresser non plus au paysage, mais à la nature en tant que telle. » Guillaume de Sardes, commissaire de l’exposition « Le sentiment de la nature » à la Villa Paloma, reprend la thèse de Pierre Rosenberg. Elle guide un parcours qui confronte les « grands paysages » du maître français à quarante œuvres contemporaines.

La distinction peut sembler ténue. Pourtant, elle fonde une révolution picturale. Avant Poussin, la nature servait de décor aux scènes mythologiques. Chez Titien, trois personnages « tournent le dos au paysage ». La nature, magnifiquement peinte, demeure accessoire.

Avec les « grands paysages » que Poussin entreprend à partir de 1640, quelque chose bascule. Les figures humaines « deviennent de plus en plus petites ». « Le prétexte historique ou religieux devient de plus en plus ténu, et on a une nature qui occupe tout l’espace », explique le commissaire. Ce n’est plus l’homme qui domine la composition, c’est la nature qui l’envahit, le relègue au rang de créature effrayée.

Cette approche se distingue de celle d’un Dürer, dont les études botaniques témoignent d’une observation minutieuse. « C’est une approche presque botanique, peint avec une très grande exactitude », note Guillaume de Sardes. « Chez Poussin, on ne reconnaîtrait pas telle espèce. C’est quelque chose de plus général, une sorte de célébration de la nature en tant que physis. »

Ce « lyrisme » inhérent à la nature, Poussin le capte avec une intensité inédite. Anthony Blunt voyait en lui un « peintre philosophe », lecteur de Sénèque. Cette érudition nourrit une poésie tellurique, une communion panthéiste avec les forces élémentaires.

« L’orage » restauré

Le chef-d’œuvre qui ouvre l’exposition illustre ce basculement. « L’orage » (1651), prêté par le musée de Rouen et restauré pour l’occasion, montre une nature déchaînée : un arbre s’abat, deux passants projettent leurs ombres démesurées sur une muraille. L’éclair qui illuminerait la scène a peut-être disparu – ou n’a jamais été peint que par suggestion.

« Si on se replace dans le contexte du grand XVIIe siècle français, c’est un tableau quasiment sans exemple », souligne le commissaire. L’originalité s’est émoussée – « ce tableau a une postérité » –, mais la radicalité demeure : pour la première fois, un peintre européen considère la nature non comme un fond, mais comme un sujet à part entière.

Ce lyrisme poussinien, l’exposition le traque à travers cinq siècles. Dans la photographie d’Andreas Gursky montrant une foule face à la mer déchaînée, on retrouve cette insignifiance humaine confrontée aux forces de la nature. Dans l’installation de Giulio Paolini – des cadres brisés tirés de reproductions de « L’orage » –, c’est un dialogue direct avec le maître français que l’artiste de l’Arte Povera a accepté de créer, lui qui pensait avoir « tout dit ».

La mise en perspective contemporaine révèle la permanence d’une interrogation : quelle place occupe l’homme dans le grand théâtre naturel ? Chez Poussin, la réponse tient en quelques figures minuscules, égarées dans l’immensité cosmique. Chez les artistes réunis à Monaco – Thomas Demand, Sarah Moon, Giuseppe Penone, Marine Wallon – cette humilité face au monde se décline en variations infinies.

Le dialogue franco-italien privilégié par le commissaire – Poussin ayant passé l’essentiel de sa carrière à Rome – s’enrichit d’une forte présence de l’Arte Povera. Calzolari suggère la pluie par de simples traits, Melotti compose une sculpture délicate de personnages dansant sous des gouttes, Penone crée des empreintes de troncs par frottement de feuilles.

« Il n’y a pas de vérité dans l’art », prévient Guillaume de Sardes. « Tout est soumis à l’interprétation. » Mais cette exposition propose une lecture convaincante : Poussin ne peignait pas des paysages. Il captait quelque chose de plus vaste – ce que les Grecs nommaient physis, cette nature primordiale. Son legs durable : nous avoir appris à voir la nature non comme un décor, mais comme un mystère à célébrer.

Villa Paloma, Nouveau Musée National de Monaco. 10h-18h (11h-19h juillet-août). 6€.

INFORMATIONS PRATIQUES

« Le sentiment de la nature, l’art contemporain au miroir de Poussin » Villa Paloma, Nouveau Musée National de Monaco

Horaires d’ouverture

Exposition ouverte tous les jours de 10h à 18h Horaires d’été, juillet et août : 11h – 19h

Gratuit pour :

  • Les moins de 26 ans
  • Groupes scolaires et groupes d’enfants
  • Monégasques
  • Membres ICOM et CIMAM
  • Demandeurs d’emploi sur justificatif
  • Personnes en situation de handicap

Entrée gratuite tous les dimanches

Adresse et contact

NMNM / Villa Paloma 56, boulevard du Jardin Exotique 98000 Monaco Tél. : +377 98 98 91 26

Accès

Par bus

  • Lignes 2 et 3, arrêt « Villa Paloma »
  • Ligne 5, arrêt « Parc Princesse Antoinette » (accès par ascenseur public)

En voiture

  • Parking « L’Engelin », boulevard du Jardin Exotique
  • Parking « Jardin Exotique », accès bd. du Jardin Exotique et bd. de Belgique

Depuis la gare

  • Bus Ligne 2, direction Jardin Exotique, arrêt « Villa Paloma »
  • Bus Ligne 5, direction Hôpital, arrêt « Parc Princesse Antoinette » (accès par ascenseur public)
Réseaux sociaux et web

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