Culture, Monaco, News 7 mai 2026

« Le Sentiment de la Nature » : les clés du dialogue entre Poussin et l’art contemporain livrées par Guillaume de Sardes, commissaire de l’exposition, nous livre les clés du dialogue entre Poussin et l’art contemporain

by Jean Cousin

L’exposition présentée à la Villa Paloma jusqu’au 25 mai 2026 établit un lien audacieux entre les caractéristiques du talent de Nicolas Poussin, notamment dans ses paysages, et l’art contemporain. Le fil conducteur en est le lyrisme qui imprègne les tableaux du maître du XVIIe siècle et dont on retrouve des échos chez des artistes d’aujourd’hui.

Sous le commissariat de l’historien de l’art Guillaume de Sardes, cinq tableaux de Nicolas Poussin entrent en résonance avec des œuvres contemporaines — sculptures, installations, photographies, vidéos, dessins et peintures — à travers six sections thématiques : orages et nuits, forêts et jardins, marines et chutes d’eau, déserts et volcans, monts et montagnes, fleurs et papillons.

L’exposition met en lumière le lyrisme poussinien en le confrontant à des œuvres d’artistes contemporains, incluant des figures de l’Arte Povera comme Fausto Melotti et Pier Paolo Calzolari, des vidéastes comme Ange Leccia, et des sculpteurs. Près de quarante artistes participent à cette conversation artistique qui traverse les siècles.

La préparation de cette exposition a duré trois ans. Ce travail de « maturation longue » implique lectures, discussions avec d’autres commissaires et experts, constitution d’une liste d’œuvres, et négociations avec les directeurs de musées et collectionneurs privés pour obtenir les prêts nécessaires.

Nous avons rencontré Guillaume de Sardes dans les salles de la Villa Paloma pour évoquer cette aventure intellectuelle et esthétique.

Entretien avec Guillaume de Sardes

En voyant votre exposition, j’ai le sentiment que vous avez voulu lier certains traits caractéristiques du talent de Poussin, dans ce qui concerne ses paysages, avec le talent de contemporains.

Oui, le fil conducteur de l’exposition est le lyrisme qui sous-tend les tableaux de Poussin et dont on trouve des échos dans l’art d’aujourd’hui. À la fois chez les artistes de l’Arte Povera, mais aussi les vidéastes comme Ange Leccia, ou encore les sculpteurs comme Melotti.

Vous avez travaillé trois ans sur cette exposition. C’est une longue maturation, me semble-t-il ?

Les expositions, on n’y consacre jamais tout son temps. C’est trois ans, en effet, entre la jeunesse du projet, les premières idées, et puis le développement, mais c’est un travail en pointillé. Construire une exposition, c’est une aventure de pensée, une aventure amicale, c’est lire des livres autour des artistes, en discuter avec d’autres commissaires, avec d’autres connaisseurs qui vous suggèrent des œuvres. Cela se construit petit à petit. Et puis on a une première liste d’œuvres, on rencontre des grands directeurs de musées qui les possèdent, on essaie de les convaincre de nous les prêter, on rencontre des collectionneurs privés, on fait le même travail, donc c’est une maturation en effet assez longue et je crois que les choses qui sont comme cela, pensées plusieurs années de suite, trouvent une cohérence en fait dans le temps même nécessaire à leur accomplissement.

Quelles sont les deux ou trois œuvres qui vous ont procuré le plus de joie esthétique lorsque vous les avez mises en œuvre dans cette exposition ?

C’est une question intéressante et difficile puisque c’est une exposition très subjective, très personnelle. Je peux dire qu’aucune des œuvres qui y est présentée non seulement ne me déplaît mais même que je les adore toutes.

Néanmoins, il y a quelques œuvres que j’aime particulièrement: tout d’abord les tableaux de Poussin que je trouve magnifiques, mais il y a aussi des œuvres de l’Arte Povera que je trouve très belles. La petite sculpture de Melotti qui représente une pluie est absolument merveilleuse, très délicate.

Il y a un tableau de Pier Paolo Calzolari aussi: une bougie qui se consume devant une toile blanche, plutôt devant une toile blanche recouverte de sel , et qui laisse un tracé sinueux dessus, je le trouve très beau.

Nous avons aussi eu la chance d’avoir une œuvre, une installation de Giulio Paolini, qui a été réalisée tout exprès pour l’exposition et que je trouve aussi très mystérieuse et poétique.

Ce sont des œuvres qui me plaisent beaucoup, pour parler un peu d’e l’Arte Povera.

Et puis, dans les peintres très contemporains, il y a un peintre que j’aime beaucoup qui s’appelle Tim Eitel, peintre allemand, qui présente un très beau tableau. J’aime bien le travail de Marine Vallon qui me touche beaucoup. Beaucoup de choses me plaisent … Tout me plaît dans cette exposition.

https://www.forks-monaco.net/poussin-une-mise-en-perspective-de-son-oeuvre/

Informations pratiques « Le Sentiment de la Nature. L’art contemporain au miroir de Poussin », du 13 février au 25 mai 2026, Villa Paloma, 56 boulevard du Jardin Exotique, Monaco. Horaires : 10h-18h (11h-19h en été). Tarif : 6 euros, gratuit pour les moins de 26 ans.