Monaco, News, Politique 9 avril 2026

Monaco à la tête du Conseil de l’Europe : dans un monde sous tension une première au relief particulier

by La Rédaction

Les événements positifs se suivent pour la Principauté. Après la visite du Pape, la présidence du Conseil de l’Europe:  conjonction positive des planètes ou le résultat de la bienveillance de Monaco ?

À compter du 15 mai 2026, la Principauté de Monaco exercera pour la première fois de son histoire la présidence du Comité des Ministres du Conseil de l’Europe. Un moment institutionnel inédit pour le plus petit État membre de l’organisation strasbourgeoise, qui survient dans un contexte marqué par une remise en cause profonde des équilibres.

Ce qu’est le Conseil de l’Europe — et ce qu’il n’est pas

La confusion est tenace : le Conseil de l’Europe n’est ni le Conseil Européen des chefs d’État et de gouvernement, ni le Conseil de l’Union Européenne réunissant les ministres des Vingt-Sept. C’est une organisation internationale à part entière, fondée à Londres le 5 mai 1949 et donc antérieure aux Communautés européennes, dont le périmètre géographique dépasse largement celui de l’Union : quarante-six États membres, de l’Islande à la Géorgie, et représentant plus de 700 millions de personnes.

La vocation de cette institution n’est pas économique. Le Conseil de l’Europe ne légifère pas au sens communautaire du terme, ne lève pas de ressources propres, ne négocie pas d’accords commerciaux. Son cœur de métier est normatif et juridictionnel : défense des droits fondamentaux, promotion de la démocratie, garantie de l’État de Droit. L’instrument central en est la Convention européenne des Droits de l’Homme, adoptée dès 1950, dont l’application est confiée à la Cour Européenne des Droits de l’Homme  dont les arrêts s’imposent aux États signataires. En sept décennies, quelque 25 000 arrêts et décisions de la Cour ont été mis en œuvre sous la surveillance du Comité des Ministres, redessinant en profondeur le paysage juridique et social du continent.

Au-delà de la jurisprudence, l’organisation a produit plus de 200 conventions couvrant des domaines aussi variés que la lutte contre la corruption, la protection des minorités, la prévention de la torture, la cybercriminalité ou, plus récemment, l’encadrement de l’intelligence artificielle. C’est, à bien des égards, le laboratoire normatif du continent celui dont l’Union européenne elle-même s’inspire, et dont elle a longtemps tiré sa légitimité en matière de droits fondamentaux.

La question de l’articulation entre les deux institutions est d’ailleurs redevenue d’actualité dans un contexte marqué par la guerre en Ukraine  qui a conduit à l’exclusion sans précédent de la Russie en 2022, par les pressions exercées sur les systèmes judiciaires de plusieurs États membres, et par un débat relancé sur les fondements d’une nouvelle architecture de sécurité européenne. Dans ce climat, le Conseil de l’Europe retrouve une centralité politique qu’il n’avait pas connue depuis la chute du Mur de Berlin.

La présidence tournante : une tribune, pas un pouvoir

Le Comité des Ministres est l’organe décisionnel du Conseil de l’Europe. Il se compose des ministres des Affaires étrangères des quarante-six États membres ou de leurs représentants permanents à Strasbourg, qui se réunissent en pratique chaque semaine. C’est lui qui adopte les conventions, surveille l’exécution des arrêts de la Cour, définit les orientations stratégiques de l’organisation et dialogue avec l’Assemblée parlementaire.

Sa présidence tourne tous les six mois, par ordre alphabétique anglais, entre les États membres. Le changement s’effectue à la mi-mai et à la mi-novembre. Le président en exercice conduit les débats, soumet les textes au vote, anime les échanges,  mais sans pouvoir décisionnel propre : il est tenu à la neutralité, au service du collectif.

Il serait donc inexact de présenter cette présidence comme un levier de puissance au sens traditionnel du terme. Ce qu’elle offre, en revanche, c’est quelque chose de plus subtil et peut-être plus durable : la capacité de fixer l’agenda thématique, d’organiser des événements de haut niveau sur son territoire comme à Strasbourg, d’incarner pendant six mois une certaine vision des valeurs européennes sur la scène internationale. Pour un petit État, c’est précisément là que réside l’enjeu : le Conseil de l’Europe est l’un des rares espaces où l’égalité souveraine entre nations s’exerce sans tempérament. Monaco y siège sur le même pied que l’Allemagne ou la France.

Le service communication du gouvernement princier précise de façon formelle le contour de cette présidence

La Principauté prendra la présidence le 15 mai 2026 à l’issue de la session ministérielle de Chișinău, avant une cérémonie de passation à Strasbourg le 20 mai. C’est Mme Isabelle Berro-Amadeï, Conseiller de Gouvernement-Ministre des Relations Extérieures et de la Coopération, qui assurera la présidence du Comité des Ministres. À Strasbourg, S.E.M. Gabriel Revel, Ambassadeur et Représentant permanent de Monaco auprès du Conseil de l’Europe, conduira les réunions hebdomadaires des délégués. Les priorités officielles de la présidence ne seront dévoilées que le 15 mai 2026.

Monaco est membre du Conseil de l’Europe depuis le 5 octobre 2004, et a ratifié à ce jour 52 de ses conventions. Sa participation à l’organisation est effective à tous les niveaux : M. Sébastien Biancheri y siège comme juge à la Cour Européenne des Droits de l’Homme ; quatre élus du Conseil national représentent la Principauté à l’Assemblée parlementaire ; quatre représentants de la Commune de Monaco siègent au Congrès des pouvoirs locaux et régionaux.

Plus largement, le gouvernement princier brosse le tableau d’une diplomatie en expansion : 166 États partenaires, 133 consulats dans 86 pays, participation active aux travaux de l’ONU, de l’UNESCO, de l’AIEA et d’INTERPOL. L’aide publique au développement atteindra 100 millions d’euros sur la période 2025-2027, en hausse de 34 % par rapport au cycle précédent, au bénéfice de plus de quatre millions de personnes dans douze pays prioritaires.

C’est la ministre Berro-Amadeï qui résume le mieux l’ambition affichée :  » un État, quelle que soit sa superficie, peut porter une voix crédible sur la scène européenne et internationale ». Ce seront donc six mois pour en faire la démonstration dans une Europe qui n’a sans doute jamais eu autant besoin de l’institution strasbourgeoise.