Monaco, News 28 novembre 2025

Stress : quand neurosciences et chirurgie vasculaire unissent leurs forces, Raphaëlle Doublier et le Dr Gianvittorio Tommasi

by Jean Cousin

Le mardi 25 novembre 2025, s’est tenue à l’Auditorium Rainier III la conférence organisée par les Femmes Leaders Mondiales Monaco, avec la participation de Raphaëlle Doublier, spécialiste en Hypnose Flash Intégrative, neurosciences et musicothérapeute, et le Dr Gianvittorio Tommasi, chirurgien vasculaire et  président fondateur de l’ Association Phlébologie Monégasque, la PHAM .


Stress : quand neurosciences et chirurgie vasculaire unissent leurs forces

Cette conférence pionnière a réuni une hypnothérapeute et un chirurgien qui ont décrypté les mécanismes du stress et ses ravages sur le système cardiovasculaire. Et l’ approche croisée opérée par ces deux spécialistes ouvre des pistes concrètes de prévention.


Le stress tue. Pas directement, pas brutalement, mais insidieusement, il transforme notre corps en machine à fabriquer des maladies cardiovasculaires. C’est le message qu’ont martelé les  deux praticiens aux parcours radicalement différents mais dont les constats convergent. Devant la centaine de personnes réunies à l’Auditorium Rainier III, à l’initiative des Femmes Leaders Mondiales de Monaco, Raphaëlle Doublier et le docteur Gianvittorio Tommasi ont démontré de façon saisissante des ponts qui existent désormais entre la compréhension du cerveau et la médecine des artères.

Pour Raphaëlle Doublier la confusion règne autour du mot stress. On l’emploie à tort et à travers pour désigner l’inquiétude passagère comme l’épuisement profond.

  1. Raphaëlle Doublier déclare que  » la conférence aborda la possibilité de gérer le stress par nos pensées. Bien que le pic de cortisone ne soit pas directement contrôlable, nous avons des mécanismes naturels (comme le grignotage ou l’utilisation des écrans pour une dopamine rapide) qui nous aident spontanément. La conférence vise à présenterr comment gérer consciemment le stress en prenant conscience de nos pensées « polluantes », de nos comportements, de nos émotions et de nos ressentis pour le combattre activement et ne plus le subir, mais plutôt en être l’acteur pour l’effacer « .

Le docteur Gianvittorio Tommasi, fort de trente-huit années de pratique médicale, pose d’emblée le cadre. Le stress aigu, explique-t-il, constitue une réaction physiologique salvatrice, celle qui permet de fuir un danger immédiat. Le problème surgit lorsque cette alarme ne s’éteint plus. Le stress chronique maintient l’organisme en état d’alerte permanent, avec une surproduction continue d’adrénaline et de cortisol. La tension artérielle reste élevée, la glycémie aussi. Sur ce point, le chirurgien est catégorique : un patient souffrant de stress chronique est, par définition, un patient vasculaire.

Cette affirmation mérite qu’on s’y arrête. Elle place le stress au même rang que l’hypercholestérolémie, l’hypertension, le diabète ou le tabac parmi les facteurs de risque cardiovasculaire majeurs. Cette révolution conceptuelle impose de repenser les parcours de prévention. Et dans son cabinet, le docteur Gianvittorio Tommasi observe une évolution encourageante : les patients consultent plus tôt qu’autrefois. L’âge moyen des opérations de varices est passé de soixante ans à moins de quarante ans en treize années d’exercice à Monaco. Les mentalités changent, la sensibilité à la prévention progresse.

L’écho-doppler s’impose comme l’outil central de ce dépistage précoce. Cet examen non invasif combine échographie et effet Doppler pour visualiser en détail le flux sanguin, les parois artérielles, les plaques d’athérome, leur épaisseur, la direction et la vitesse du flux. C’est une véritable cartographie vasculaire réalisée sans radiation. Même si le chirurgien reconnaît que cet examen est parfois prescrit avec excès, il préfère cette vigilance à la négligence. Car une fois les plaques installées sur les parois artérielles, elles ne font pas demi-tour. Seule la chirurgie, qu’elle soit ouverte ou endo-vasculaire par angioplastie et pose de stents, permet de rétablir la perméabilité des vaisseaux.

La thérapeute Raphaëlle Doublier s’appuie sur les travaux de la chercheuse canadienne Sonia Lupien

Mais comment éviter d’en arriver là ? C’est précisément sur ce terrain que Raphaëlle Doublier intervient, armée des récentes découvertes en neurosciences. La thérapeute s’appuie sur les travaux de la chercheuse canadienne Sonia Lupien pour proposer un modèle de compréhension du stress qu’elle résume par l’acronyme CINÉ. Quatre lettres qui désignent quatre déclencheurs que notre cerveau interprète comme des menaces : le Contrôle, ou plutôt sa perte ; l’Imprévisible, tout ce qui n’est pas anticipé ; la Nouveauté, stimulante mais potentiellement submergeante ; et l’Égo, menacé par le regard et le jugement des autres.

Ce modèle présente l’avantage de transformer une notion abstraite en paramètres sur lesquels agir concrètement. Face à la perte de contrôle, la solution réside dans l’approfondissement de ses compétences, le renforcement de la confiance en soi. Face à l’imprévisible, l’élaboration d’un plan B procure une sérénité remarquable, même s’il n’est jamais utilisé. Le cerveau, explique Raphaëlle Doublier, adore les plans B. Face à la nouveauté, il s’agit de passer du mode automatique, qui reproduit les mêmes erreurs, au mode adaptatif, qui mobilise la réflexion et la créativité. Et face aux atteintes à l’ego, le travail sur l’estime de soi devient prioritaire.

Les neurosciences apportent désormais des preuves tangibles de ces mécanismes. Des études par imagerie cérébrale montrent comment certaines zones du cerveau s’activent en réponse à des stimulations extérieures, déclenchent des cascades hormonales qui modifient les taux de glycémie, de cholestérol, de cortisol. Le docteur Gianvittorio Tommasi évoque des recherches fascinantes sur la contemplation des tableaux impressionnistes et cubistes, où l’activation de régions cérébrales spécifiques provoquerait des variations hormonales mesurables. Les chercheurs y voient une explication possible du syndrome de Stendhal, ce malaise qui saisit certains visiteurs face à une œuvre d’art bouleversante.

L’épigénétique ouvre des perspectives plus vertigineuses encore

L’épigénétique ouvre des perspectives plus vertigineuses encore. L’interaction entre génétique et environnement peut modifier l’expression des gènes, et ces modifications pourraient être transmissibles aux générations suivantes. L’enfance, le milieu familial, la constitution physique, le niveau culturel, la perception de la douleur : autant de facteurs qui dessinent des profils individuels face au stress. Le chirurgien rappelle que certaines lignées familiales présentent des prédispositions marquées à certaines pathologies, tandis que d’autres semblent épargnées.

Cette variabilité individuelle impose une approche personnalisée. Raphaëlle Doublier insiste sur le fait qu’ il n’existe pas de méthode universelle. L’hypnose, l’acupuncture, le sport, l’art, le théâtre, tout peut fonctionner pourvu que cela corresponde à la personne. L’essentiel est de se connaître, d’identifier ses limites, ses habitudes, ses émotions. Et d’agir avant que le stress ne bascule dans le négatif, avant que les symptômes ne s’installent.

La question des rituels, soulevée lors du débat, illustre cette nécessaire nuance. Les rituels structurent le quotidien, rassurent, fournissent des repères indispensables. Mais poussés à l’excès, ils deviennent pathologiques, comme ces lavages de mains compulsifs observés après la pandémie de Covid-19. Là encore, c’est l’équilibre qui prime, ainsi que la capacité à reconnaître quand une aide extérieure devient nécessaire.

Le rôle du chirurgien vasculaire trouve ici des limites que le docteur Gianvittorio Tommasi délimite

Le rôle du chirurgien vasculaire trouve ici des limites que le docteur Gianvittorio Tommasi délimite avec une honnêteté intellectuelle appréciable. Face à la multiplicité des spécialistes du stress — hypnothérapeutes, psychologues, psychiatres, sophrologues —, le médecin des artères n’intervient pas dans la prévention du stress lui-même. Son rôle consiste à aider le patient stressé à réduire ses complications vasculaires, à expliquer le lien entre stress chronique et problèmes coronariens, à mettre en place un parcours médical efficace.

L’intelligence artificielle s’invite déjà dans ce parcours. Les écho-dopplers modernes effectuent des calculs complexes à partir des images figées par l’opérateur, analysant vitesses et pourcentages de sténose avec une puissance de traitement inaccessible au cerveau humain. Mais le docteur Gianvittorio Tommasi refuse d’opposer l’homme à la machine. Certains examens, comme l’échographie, restent dépendants de l’opérateur : selon l’inclinaison de la sonde, l’image change. L’IA analyse ce que le praticien lui donne. Amateur de VTT, le chirurgien file la métaphore : le vélo musculaire et le vélo électrique ne s’opposent pas, ils offrent des expériences complémentaires. Ensemble, le médecin et l’intelligence artificielle peuvent optimiser la qualité des soins.

Cette complémentarité entre approches, entre disciplines, entre l’humain et la technologie, dessine peut-être l’avenir de la médecine préventive. À Monaco, devant un public venu chercher des clés pour mieux vivre, deux praticiens ont démontré que le stress n’est pas une fatalité. Le cerveau qui déclenche l’alarme possède aussi les ressources pour l’éteindre. Encore faut-il comprendre ses mécanismes, identifier ses déclencheurs personnels, et agir avant que les artères ne paient l’addition.