Monaco, News, Politique 9 juin 2026

Le Conseil national fait des propositions concrètes : un Monaco Boost plus structuré

by admin

Le plan Entrepreneurs+  porté par Thomas Brezzo et Roland Mouflard dessine une réforme ambitieuse de la principale pépinière publique monégasque. Espace, équité, continuité : trois mots pour une ambition.

« L’entrepreneuriat, c’est plus qu’un levier économique : c’est le reflet de la vitalité d’un pays et de la confiance qu’il inspire à celles et ceux qui veulent y bâtir. » Ces mots sont ceux de Roland Mouflard, coordinateur du groupe de travail Entrepreneurs+ au Conseil national, au terme d’un exercice collectif réunissant élus, experts et entrepreneurs autour d’une même conviction : Monaco dispose des atouts pour faire de l’entrepreneuriat un pilier durable de sa prospérité. Encore faut-il en créer véritablement les conditions.

Un outil utile, mais contraint

Depuis son ouverture en 2021 dans la zone F de Fontvieille, Monaco Boost a accompagné 95 entreprises créées par des Monégasques ou leurs conjoints, dans 1 200 m² aménagés comprenant 32 bureaux exclusifs, des espaces de co-working, deux salles de réunion, une cafétéria et une terrasse. Société anonyme détenue à 100 % par l’État, elle affiche des résultats encourageants. Mais le dispositif tourne à pleine capacité et ses limites structurelles sont désormais parfaitement cernées.

« Le plus grand frein reste le prix élevé de l’immobilier », reconnaît Annalisa Cellario, office manager de Monaco Boost. Cette réalité, le plan Entrepreneurs+ la prend à bras-le-corps. Le rapport du groupe de travail est clair : sans extension des locaux, maintenir la durée d’hébergement à cinq ans reviendrait mécaniquement à réduire le nombre de nouvelles entreprises accueillies chaque année. L’un ou l’autre mais pas les deux sans agir sur le foncier! Les priorités générales peuvent être orientées, comme celles du centre de valorisation énergétique qui pourrait délivrer des surfaces importantes pour l’avenir de Monaco.

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Étendre, prolonger, connecter

La première proposition du Conseil national est donc physique avant d’être réglementaire : étendre la capacité d’accueil de Monaco Boost. Un nouveau local à proximité immédiate de l’existant permettrait une extension sans rupture d’exploitation. Le rapport envisage des surfaces aujourd’hui peu attractives pour le logement: locaux aveugles, sous-sols, zones techniques que la Principauté, principal propriétaire foncier de son territoire, pourrait mobiliser utilement. Des lots de moins de 25 m², proposés à des loyers modérés autour de 50 €/m², seraient attribués selon des critères transparents : ancienneté, taille de l’entreprise, capitaux monégasques majoritaires.

À cette extension spatiale, Thomas Brezzo, président du Conseil national, ajoute une ambition de durée. Garantir l’accompagnement jusqu’à cinq ans répondrait à une réalité économique simple : les études montrent que les entreprises atteignant un horizon de quatre à six ans affichent un taux de survie supérieur de 69 % par rapport à celles abandonnées plus tôt. « Investir dans l’entrepreneuriat, c’est investir dans l’avenir économique de la Principauté, en misant sur l’audace, l’innovation et la confiance », écrit-il en préface du rapport.

La troisième mesure de cet axe est organisationnelle : il s’agit d’instaurer une coopération structurée entre Monaco Boost et MonacoTech. Les deux structures, qui fonctionnent efficacement mais sans lien significatifs, sont voisines à quelques centaines de mètres dans le quartier de Fontvieille. Il suffirait d’un comité de coordination réunissant régulièrement leurs équipes pour mutualiser les espaces, partager des formateurs spécialisés et organiser des événements communs: pitch days, ateliers, rencontres entre entrepreneurs. Sans coût supplémentaire significatif, Monaco disposerait d’un véritable continuum entrepreneurial, de l’idée naissante à l’entreprise structurée.

La transparence, condition de l’équité

Le rapport Entrepreneurs+ identifie deux angles morts qui nuisent à la crédibilité de Monaco Boost. D’abord, un manque de clarté à l’entrée : les critères de sélection et les modalités d’attribution des bureaux exclusifs ne sont pas publiés. Ensuite, une incertitude sur les sorties anticipées : certaines entreprises en forte croissance ont été invitées à quitter la pépinière sans cadre défini, ni préavis suffisant.
Les solutions proposées sont simples et sans coût. Publier un règlement d’admission détaillant les critères de sélection transparents et établis en amont. Définir dès l’entrée des seuils objectifs de sortie anticipée, effectif, résultat net, total de bilan tout en conservant une durée minimale de trois ans de domiciliation. Organiser systématiquement un entretien préalable avant toute sortie, afin d’adapter l’accompagnement plutôt que de l’interrompre. « La légitimité du dispositif s’en trouverait renforcée, au bénéfice du Gouvernement, financeur, et du Conseil national, soutien politique de l’initiative. »

Et après Monaco Boost ?

Le plan Entrepreneurs+ va plus loin encore : il imagine un programme « alumni » actif, permettant de prolonger l’accompagnement au-delà de la période d’installation. Ateliers de mentorat, accès privilégié à des ressources expertes, mise en réseau des anciens incubés autant de liens qui transformeraient Monaco Boost en communauté vivante plutôt qu’en simple sas de démarrage. Une cérémonie annuelle de « graduation » réunissant investisseurs et partenaires viendrait valoriser les entreprises sortantes et envoyer un signal fort : ici, la réussite entrepreneuriale est une fierté collective.

Roland Mouflard, vice-président de la commission des Finances et de l’Économie nationale  résume ainsi la finalité de ce projet: « En donnant aux Monégasques les moyens d’entreprendre, nous renforçons notre souveraineté, notre diversité économique et notre cohésion nationale. »
Monaco Boost n’est pas une fin en soi. C’est le point de départ d’une politique entrepreneuriale qui , pour l’essentiel,reste à bâtir.

Prochain article :Axe 2 : Réformer l’aide à l’entrepreneuriat élargir, assouplir, adapter aux réalités de 2026.