Rebaptiser, élargir, assouplir, revaloriser. Le plan Entrepreneurs+ du Conseil national propose une refonte du principal dispositif de soutien financier aux créateurs d’entreprise. Une réforme de fond, pas de façade.

« En Principauté, entreprendre est un acte d’attachement autant qu’un acte de foi : attachement à Monaco, à son modèle, à sa communauté, foi en sa capacité d’évoluer et d’innover. » Thomas Brezzo, président du Conseil national, résume en une phrase ce que le plan Entrepreneurs+ tente de traduire en mesures concrètes. Il y existe en effet des règles obsolètes, trop rigides, des plafonds financiers inadaptés, car souvent non mis à jour, dépassés. Des critères excluent certains qui devraient être encouragés. C’est ce fossé que le Conseil national entend combler avec son axe 2.
Une nouvelle dénomination
Le changement commence par les mots. L’actuelle « aide à l’installation professionnelle » dite AIP sera rebaptisée « aide à l’entrepreneuriat ». Ce glissement sémantique est important. Il confirme une volonté d’élargir le regard au-delà des premières installations, vers les reconversions, les secondes carrières, les projets de transition professionnelle. La société évolue, il est nécessaire d’accompagner ces modifications.
Le dispositif actuel, composé de plusieurs volets financiers aux critères parfois restrictifs, souffre d’un défaut fondamental : il est peu lisible. Les conditions d’accès, les montants, les plafonds, tout cela gagnerait à être présenté clairement dès le dépôt d’un dossier. « Il est essentiel que les aides et leurs conditions soient clairement présentées dès le dépôt d’un dossier, afin d’assurer transparence, préparation et efficacité du soutien public », note le rapport Entrepreneurs+. Une exigence de clarté qui vaut pour toute politique publique digne de ce nom.
Élargir le cercle des bénéficiaires
Première mesure concrète : étendre l’accès à l’aide aux enfants de Monégasques, et supprimer la limite d’âge fixée à 65 ans. Le premier ajustement répond à une réalité démographique bien connue : en raison des règles de nationalité monégasque, tous les enfants de nationaux n’obtiennent pas automatiquement la nationalité. Ces personnes peuvent avoir grandi en Principauté, y résider, y vouloir entreprendre , elles se trouver aujourd’hui exclues d’un dispositif conçu pour soutenir précisément l’ancrage local.
Quant à la suppression de la limite d’âge, elle repose sur un constat d’évidence : l’entrepreneuriat n’a pas d’âge. Un retraité qui lance un projet par passion, un senior actif qui mobilise ses compétences accumulées en créant une structure légère: rien ne justifie de les priver d’un soutien public, dès lors que leur projet est solide et leur ancrage monégasque réel. Dans une société où la seconde partie de carrière s’allonge, c’est une mesure de modernité autant que d’équité.
Assouplir pour sécuriser les transitions
Deuxième ligne de réforme : permettre à des personnes percevant un revenu parallèle ( salaire, pension) de bénéficier de l’aide à l’entrepreneuriat. Aujourd’hui, l’obligation de cesser toute activité professionnelle avant de pouvoir prétendre au dispositif agit comme un frein puissant. De nombreux quadragénaires ou quinquagénaires envisagent de créer une entreprise sans oser quitter immédiatement leur emploi stable. On les comprend.
Autoriser un chevauchement pouvant aller jusqu’à dix-huit mois permettrait de sécuriser le parcours de création, d’encourager les vocations sans les transformer en sauts dans le vide. « Cette démarche vise à lever les freins, simplifier les parcours et renforcer l’accompagnement des porteurs de projets », rappelle Roland Mouflard, coordinateur du groupe de travail Entrepreneurs+. Cette formule résume l’esprit général de la réforme : non pas dépenser davantage, mais dépenser mieux et toucher plus juste.
De même, il est proposé d’étendre l’éligibilité aux personnes n’ayant pas exercé d’activité indépendante depuis plus de dix ans une durée qui représente un juste équilibre entre la lutte contre les effets d’aubaine et la reconnaissance d’une réelle deuxième chance pour ceux qui souhaitent repartir sur de nouvelles bases.
Revaloriser les soutiens financiers
Troisième et quatrième volets : renforcer les soutiens financiers directs et adapter la subvention de loyer aux réalités du marché. Le plafond de bonification d’intérêts, inchangé depuis 2004, doit être relevé de 300 000 à 500 000 euros pour couvrir des investissements que les coûts actuels ont rendus nettement supérieurs. L’effort budgétaire est mesuré, environ 6 000 euros par dossier par an, mais son effet de levier sur la solidité financière des entreprises naissantes est réel.
Sur le loyer, le constat est brutal : le forfait actuel de 900 euros par mois ne couvre aujourd’hui que 15 à 20 % du loyer d’un petit commerce de proximité, souvent compris entre 3 000 et 5 000 euros mensuels. À l’inverse, pour une activité de bureau ou de conseil, ce même forfait représente près de 60 % du loyer. Le plan propose de corriger cette disparité en introduisant deux catégories distinctes : 1 800 euros par mois pour les activités commerciales avec vitrine, 900 euros pour les autres.
Une subvention de 1 800 euros sur un loyer de 4 000 euros couvrirait 45 % du coût — rendant viable un projet de commerce de proximité tenu par un Monégasque alors qu’il ne l’aurait pas été sans ce soutien.
Au-delà des chiffres, c’est une vision de Monaco qui s’exprime : celle d’une Principauté qui ne réserve pas l’espace commercial à ceux qui peuvent se payer les quartiers les plus prisés, mais qui maintient une diversité économique de proximité, garante d’une cohésion sociale que nulle politique de prestige ne saurait remplacer.
Prochain article — Axe 3 : Lever les freins structurels — comptabilité, retraite, transparence administrative et domaine public.
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