Justice, Monaco, News 11 août 2026

Une information du Parquet dans le cadre du dossier touchant Vadim Ermolaev

by Jean Cousin

Le communiqué du procureur général adjoint Morgan Raymond, daté du 7 août, constitue la première réaction officielle de Monaco aux analyses ukrainiennes sur la coopération judiciaire dans l’affaire Ermolaev, par une clarification mesurée.

Le 29 juin 2026, peu avant 21 heures, un engin explosif improvisé placé dans un sac abandonné explose dans le hall du 4, rue Révérend-Père-Louis-Frolla, dans un quartier de Monte-Carlo. Vadim Ermolaev, un richissime homme d’affaires de 58 ans originaire d’Ukraine ayant pris la nationalité chypriote, sa compagne et leur fils de 13 ans sont grièvement blessés. Les trois victimes survivent, hospitalisées avec des blessures de gravité variable. L’attentat est très fortement médiatisé dans le monde entier.

Depuis plusieurs années, Vadim Ermolaev serait en effet une préoccupation pour Kiev sur la base de soupçons de blanchiment d’argent, et de coopération économique avec la Russie en Crimée annexée. Son acquisition de la nationalité chypriote en 2019 a également été perçue comme une stratégie d’évitement fiscal et judiciaire. Ermolaev a toujours fermement nié ces accusations, et affirmé avoir perdu l’ensemble de ses actifs en Crimée après 2014. C’est dans ce contexte délicat que s’inscrit la gestion  diplomatique entre Monaco et Kiev.

L’enquête prend en effet une tournure particulière lorsque la suspecte principale, Anastassia Berezovska, une Ukrainienne de 39 ans, est retrouvée morte le 6 juillet à Boutcha près de Kiev, portant des blessures par balle à la nuque. Deux suspects sont arrêtés : Vladyslav Reut, 33 ans, possible officier du renseignement militaire ukrainien (GUR), et Vitaliy Zhykovych, un ancien policier. L’un d’eux avoue avoir exécuté la jeune femme avec l’aide d’un complice, affirmant avoir agi de sa propre initiative, sans en informer sa hiérarchie. Vadim Ermolaev, par l’intermédiaire de ses avocats, aurait une autre version de nature à expliquer la situation, mais sans preuve avancée.

C’est dans ce contexte que le parquet général d’Ukraine indique avoir adressé deux demandes d’entraide judiciaire internationale à la Principauté, dont l’une proposant une enquête formelle conjointe. Les responsables ukrainiens affirment que ces demandes n’ont pas encore reçu de réponse, bien que Monaco ait soumis sa propre demande de preuves le 31 juillet.

Le communiqué du Parquet Général monégasque du 7 août constitue une réponse diplomatique sans jamais les nommer, et sans répondre directement à l’analyse faite par Kiev sur les enquêtes communes. Les procureurs de Monaco déclarent que l’enquête reste active sous la supervision des juges d’instruction, qu’elle  est menée en coordination avec les autorités de plusieurs pays, dont l’Ukraine, et que plusieurs demandes d’entraide judiciaire internationale sont en cours de traitement. Le communiqué de presse mentionne expressément que la constitution d’une équipe commune d’enquête avec le parquet général ukrainien « est envisagée », tout en précisant que « la coopération par la voie de commissions rogatoires internationales est privilégiée », il semble que Monaco privilégie un cadre multilatéral classique plutôt que la structure bilatérale ad hoc  que Kiev appelait de ses vœux.

Le communiqué apporte également un élément factuel précis: un déplacement d’enquêteurs de la Sûreté Publique de Monaco  en Ukraine dans le cadre des commissions rogatoires en cours serait souhaité. Ceci sur la base de l’annonce du  parquet général ukrainien qui souhaite une coopération « étroite et totale » avec les autorités judiciaires de la Principauté.

Mais, comme la question des commanditaires ultimes de l’attentat du 29 juin reste, à ce jour, entière, il est logique de penser que la situation peut paraître surprenante, car Kiev a toute possibilité d’obtenir des réponses précises de ses propres agents, de surcroît lorsque l’un des suspects, selon toute vraisemblance, serait en lien avec ses services de renseignements.

Communiqué du Parquet Général de Monaco, 7 août 2026 — signé Morgan Raymond, procureur général adjoint.