Monaco, News 2 novembre 2026

Monaco sort de la liste grise du Gafi

by Jean Cousin

Le Groupe d’action financière (Gafi) a annoncé, vendredi 30 octobre, le retrait de Monaco de sa liste grise, en même temps que celui de la Bulgarie, de la Côte d’Ivoire et de la République démocratique du Congo. Cette décision vient récompenser les efforts engagés par la Principauté.

L’assemblée plénière du 28 octobre à Paris

En juin 2024, l’inscription de Monaco sur cette liste avait porté un coup sérieux à la réputation de la Principauté, déjà entachée par plusieurs affaires financières. Créé en 1989 à l’initiative du G7 pour lutter contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme, cet organisme intergouvernemental adressait ainsi un signal négatif aux investisseurs étrangers. Il contraignait aussi les banques et les établissements financiers internationaux à renforcer leurs contrôles sur les transactions avec Monaco. Le climat des affaires s’en trouvait directement pénalisé.

L’assemblée plénière qui s’est tenue vendredi à Paris réunissait les membres du Gafi, dont les États-Unis, le Royaume-Uni, la France, la Chine, le Japon et la Commission européenne. Le suspense restait entier, même si plusieurs signaux venus du gouvernement princier laissaient penser, ces dernières semaines, que les conditions d’une sortie étaient réunies. Les représentants de l’organisation avaient en effet relevé de nombreuses avancées. Elles attestaient une volonté de réorganisation et la mise en place d’un dispositif de contrôle et de poursuites. L’ensemble des actions engagées par le gouvernement monégasque a été jugé crédible, et des moyens humains et financiers importants ont été mobilisés pour donner corps à cette politique.

Monaco devra poursuivre son travail avec Moneyval

La déclaration officielle du Gafi est la suivante : « Le GAFI salue les progrès significatifs accomplis par Monaco dans l’amélioration de son dispositif de LBC/FT. Monaco a renforcé l’efficacité de son dispositif de LBC/FT afin de respecter les engagements pris dans son plan d’action concernant les défaillances stratégiques identifiées par le GAFI en juin 2024 : en renforçant sa compréhension des risques liés au blanchiment de capitaux et à la fraude à l’impôt sur le revenu commise à l’étranger ; en démontrant une augmentation soutenue du nombre de demandes adressées à l’étranger afin d’identifier les avoirs d’origine criminelle situés à l’étranger et d’en demander la saisie ; en renforçant l’application de sanctions en cas de manquement aux obligations de LBC/FT et aux exigences relatives aux informations élémentaires et sur les bénéficiaires effectifs ; en achevant son programme de renforcement des ressources de sa CRF et en améliorant la qualité et la rapidité des déclarations d’opérations suspectes ; en renforçant l’efficacité du système judiciaire, notamment en augmentant les ressources des juges d’instruction et des procureurs et en appliquant des sanctions efficaces, dissuasives et proportionnées en matière de blanchiment de capitaux ; et en augmentant les saisies de biens soupçonnés de provenir d’activités criminelles. »Monaco devra poursuivre son travail avec Moneyval pour pérenniser ces améliorations.

Monaco dispose désormais d’un dispositif anti-blanchiment plus rationnel, et jugé efficace

Plusieurs leviers ont été décisifs. Le premier est la montée en puissance de l’Autorité monégasque de sécurité financière (AMSF), dirigée depuis mars 2025 par Bruno Dalles, magistrat et ancien directeur de Tracfin, la cellule française de renseignement financier. Le deuxième est la création d’un service chargé de gérer les avoirs saisis ou confisqués sur décision de justice, sur le modèle de l’Agence française de gestion et de recouvrement des avoirs saisis et confisqués (Agrasc). Enfin, une visite sur place des évaluateurs a permis de constater l’effectivité des réformes et l’existence d’une réelle volonté politique de rupture.

La Principauté a également durci ses sanctions. L’AMSF a infligé une amende de 6 millions d’euros à UBS (Monaco), la filiale du groupe bancaire suisse, pour de graves manquements dans ses contrôles anti-blanchiment et ses vérifications de clientèle entre 2018 et 2023. Deux autres établissements ont été sanctionnés : la Banque Havilland (Monaco), rebaptisée depuis Moncrief Private Bank, à hauteur de 1 million d’euros, et Julius Baer Wealth Management (Monaco), à hauteur de 1,5 million d’euros. De son côté, la justice a ouvert des enquêtes pénales sur des montages complexes et procédé à d’importantes saisies de biens jugés mal acquis. Au total, 434 millions d’euros de biens sont aujourd’hui sous gestion, dont 167 millions d’euros d’actifs immobiliers. Les sanctions se veulent ainsi proportionnées, effectives et dissuasives.

Grâce à des moyens accrus et à de nouvelles méthodes de travail, Monaco dispose désormais d’un dispositif anti-blanchiment plus rationnel, jugé efficace. Les effectifs de l’AMSF sont passés de 20 à 80 agents. Les déclarations de soupçon progressent d’environ 10 % par an, avec une forte participation du secteur non financier, notamment les maisons de jeux et les notaires. La coopération avec les cellules de renseignement étrangères s’est intensifiée. Monaco serait par ailleurs le seul pays à imposer des obligations déclaratives effectives au secteur du yachting.

Cette sortie de liste ne marque toutefois pas la fin de l’effort. Monaco reste un centre financier international ouvert, qui offre des avantages non négligeables aux grandes fortunes. La Principauté compte un marché immobilier de luxe très développé et d’importants volumes de transactions portant sur des biens de grande valeur : œuvres d’art, bijoux, yachts, jets privés. La vigilance restera donc de mise. Dernière étape de la normalisation, Monaco doit désormais sortir de la liste européenne des pays tiers à haut risque en matière de blanchiment, sur laquelle elle a été mécaniquement inscrite en juin 2025.

Perspectives futures : Malgré cette réussite, les efforts doivent se poursuivre, car Monaco demeure un centre financier international ouvert, offrant des avantages significatifs aux grandes fortunes, avec un secteur immobilier de luxe développé et d’importants volumes de transactions de biens de grande valeur (œuvres d’art, bijoux, yachts, jets). Une attention particulière restera donc de mise. La prochaine étape cruciale pour Monaco est de sortir de la liste européenne des pays à haut risque de blanchiment, sur laquelle la Principauté s’est retrouvée mécaniquement fichée en juin 2025.