Lundi, Thomas Brezzo avait prévenu que le budget rectificatif 2026 n’était pas acquis. Mercredi soir, le président du Conseil National a suspendu puis levé la séance, à la suite d’une réponse du ministre d’État qu’il juge sourde aux attentes des Monégasques. Le lendemain, la crise était, de part et d’autre, ramenée à de plus justes proportions.

Le Président du Conseil National a tenu parole, et a suspendu les débats après la réponse du ministre d’État
Lundi, Thomas Brezzo avait averti que rien n’était acquis. Mercredi 7 octobre, le Président du Conseil National a tenu parole, et a suspendu les débats après la réponse du ministre d’État, Christophe Mirmand, au rapport de la Commission des Finances. Une vingtaine de minutes plus tard, il les a levés en invoquant l’article 54 du Règlement intérieur. La reprise est annoncée pour lundi 12 octobre, à la veille du vote initialement prévu le 13. Le geste est rare, et il n’a rien d’une improvisation de tribune.
Thomas Brezzo a d’abord parlé avec une gravité sans éclat. La réponse du ministre, a-t-il déclaré, « sensiblement différente, dans le fond comme dans la forme, des échanges que nous avions eus jusqu’à présent, ne peut évidemment pas rester sans conséquence ». Il a dit y percevoir « une forme de condescendance » et décidé, « sans gaieté de cœur », de suspendre la séance, de peur que la suite des débats soit « stérile » si la teneur du dialogue ne changeait pas. Deux sujets, a-t-il précisé, lui interdisaient de laisser le Gouvernement fermer par avance toutes les portes : la priorité nationale et le logement des Monégasques.
Sur le terrain constitutionnel, Christophe Mirmand avait rappelé que le Gouvernement tient sa confiance du Prince souverain.
À la reprise, le président est monté d’un cran sur le terrain constitutionnel. Christophe Mirmand avait rappelé que le Gouvernement tient sa confiance du Prince souverain et qu’il n’est pas responsable devant le Conseil National. « Rien n’est plus vrai ! Personne, ici, ne le conteste », a répondu Thomas Brezzo, avant d’ajouter que la Constitution ne se résume pas à cette affirmation : elle organise un équilibre, « une mécanique de balancier très simple ». À l’Exécutif revient la conduite de l’action de l’État, à l’Assemblée une place « ni symbolique, ni consultative, ni accessoire ». Puis cette formule : « Nous prenons notre place. Rien que notre place. Mais toute notre place. »
La suite fut une leçon de droit politique monégasque. Thomas Brezzo a invoqué le « pas vers l’autre », cette expression qui, a-t-il rappelé, fut prononcée pour la première fois devant l’Assemblée par le prince Albert II en 2006. Il a rappelé qu’en décembre dernier, après le vote du budget primitif, le ministre d’État avait lui-même appelé à plus de dialogue et de transparence. « Nous avions accueilli ces paroles avec confiance », a-t-il dit. Mais dix mois ont passé : « Le dialogue existe peut-être dans sa forme… mais il n’est plus suffisamment productif. »
Le Ministre d’Etat a confirmé qu’aucune livraison domaniale n’interviendrait en 2026 et 2027
Sur le fond, le désaccord est connu. Christophe Mirmand a défendu un budget de 2,1 milliards d’euros, excédentaire, sans emprunt ni impôt sur le revenu, et apporté des « données objectives » pour « éteindre une polémique sans fondement » sur la priorité nationale. Il a opposé la séparation des pouvoirs à la création d’une commission mixte. Le Ministre d’Etat a confirmé qu’aucune livraison domaniale n’interviendrait en 2026 et 2027, la première tour du Bel Air étant attendue en janvier 2028, et a chiffré à quarante par an les besoins en logements neufs, quand les élus en réclament une centaine. À ces arguments, Thomas Brezzo a opposé les Monégasques eux-mêmes : « Lorsque des Monégasques ont le sentiment que la Priorité Nationale n’est plus appliquée avec toute la force qu’elle devrait avoir, nous ne pouvons pas leur répondre par des statistiques. » Et, sur le logement il a réaffirmé : « Permettre aux Monégasques de vivre à Monaco, c’est permettre à Monaco de rester Monaco. »
Jean-Louis Grinda, vice-président, avait jugé le budget « décevant » à cinq reprises, en demandant si l’immobilisme était devenu « le marqueur de l’exception monégasque ».
Les orateurs de la majorité avaient préparé le terrain. Franck Julien, président de la Commission des Finances, avait souligné le caractère inédit de ce rectificatif, qui revoit les recettes à la baisse en cours d’exercice pour la première fois depuis 2011, et a plaidé pour que l’État cesse de « naviguer à vue ». Son vote, avait-il prévenu, dépendrait de la précision des réponses..
Le constat de Thomas Brezzo sur le centre de traitement des déchets, la mobilité, les grands équipements, Fontvieille ou la télévision? « Rien ! Aucune annonce ! Aucun pas vers le Conseil National, Monsieur le Ministre ! ». Il a conclu : « Je ne vois pas aujourd’hui comment ce budget rectificatif pourrait être adopté. » Il a donc invité le ministre à revenir vers l’Assemblée d’ici la fin de la semaine, « avec l’espoir que ce dernier fasse un pas vers eux ».
Le Président du Conseil National : « Le plus important pour nous, c’est de voter ce budget ; notre volonté n’est pas d’aller vers une crise institutionnelle »
Jeudi matin, devant la presse, le président a pris soin de désamorcer le mot de crise. « Le plus important pour nous, c’est de voter ce budget ; notre volonté n’est pas d’aller vers une crise institutionnelle », a-t-il insisté, précisant que la décision de lever la séance avait été prise à l’unanimité des élus. Il a aussi fixé les conditions d’une reprise sereine : des avancées sur la priorité nationale, où une commission « ne coûte pas d’argent, c’est une question de volonté », et sur le logement, où des engagements et des échéances suffiraient. « On ne lâchera pas », a-t-il martelé. Le ministre d’État, qui avait déjeuné avec lui, a minimisé l’incident en parlant d’ « une forme de jeu de rôle » assurant le Conseil National du « plus profond respect » du Gouvernement, et récusant toute « désinvolture » ou tout « mépris ». Il a maintenu son refus de créer la commission, qui pourrait « créer une confusion dans les responsabilités ».
Jean-Louis Grinda a ajouté la note la plus cinglante, en reprochant au Gouvernement de « fermer à double tour les portes sur tous les sujets »
Jean-Louis Grinda a invité à « reprendre ses esprits » : « On ne peut pas, comme la semaine passée, tenir certains propos sur la démocratie, sur les députés, l’État de droit devant le Conseil de l’Europe à Strasbourg, et aujourd’hui nous faire comprendre que nous sommes quantité négligeable. » La phrase dit assez l’écart que les élus croient percevoir entre l’image d’une Principauté attachée à l’État de droit, telle qu’elle se présente à l’extérieur, et la réalité sur le terrain qui diverge profondément.
Reste à savoir si le Gouvernement Princier , à l’avenir, cherchera toujours à présenter auprès des instances internationales, une vision œcuménique des relations avec le Conseil National, ou s’il jouera la carte de la transparence en communiquant sur l’interprétation la plus restrictive de la constitution Monégasque qu’il souhaite mettre en oeuvre.
La sortie de la liste grise pourrait elle dépendre de cette interprétation, ou est-elle acquise? Cela expliquerait le durcissement des positions du Gouvernement Princier.
Le calendrier, lui, ne laisse guère de marge. Lundi, les élus retrouveront le Gouvernement avec, pour seul viatique, une exigence que Thomas Brezzo a formulée mercredi soir en une phrase : « Que l’on cesse de nous répondre par des chiffres, et que l’on commence à nous répondre par des décisions! ».
Recent Comments